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Sommaire / National / Recettes : comment désindustrialiser, comment réduire le chômage

La recette de la désindustrialisation met en oeuvre quelques ingrédients simples et abondants :

-  il vous faut commencer par mettre en évidence un écart apparent de coût horaire du travail pour l’industriel entre deux régions

  • prenez en compte dans le calcul les diverses cotisations obligatoires
  • ne prenez absolument pas en compte dans ce calcul le niveau de formation, l’habileté, la rapidité ou l’adaptabilité
  • ne prenez surtout pas en compte dans ce calcul les évolutions prévisibles : un pays pauvre qui se développe voit son coût de main d’oeuvre rejoindre celui des pays développés en 5 à 10 ans.

-  il vous faut ajouter une indispensable rasade de transports de marchandises faciles, rapides et bon marché, si possible payés et supportés par le pays "client".

  • quand il est possible, le transport par camion est la méthode la plus rapide et la moins chère
    • pour que le transport par camoin soit rapide, il lui faut des infrastructures puissantes : autoroutes et routes bien entretenues par un état fort et riche sans subir de contraintes sociales ou de sécurité (temps de pause, temps de repos, temps de conduite maximum)
    • pour que le transport par camion soit bon marché, il ne doit pas payer les infrastructures qu’il utilise : routes publiques, autoroutes privées payées par les automoblistes et il ne doit pas payer la pollution par CO2 relargué dans l’atmosphère des pays traversés
    • pour que le transport par camion soit bon marché, il doit employer des chauffeurs et utiliser des sociétés de pays à bas coût de main d’oeuvre (et, coup double, à contraintes sociales et sécurité lâches).
  • le fret aérien est le relais du camion pour les approvisionnements intercontinentaux
    • le développement des infrastructures : aéroports et voies d’accès doit être garanti et mieux encore payé par un état riche et stable
    • pour son efficacité financière, il ne doit pas supporter les coûts de la pollution générée dans les pays survolés
    • pour son efficacité logistique, il doit bénéficier d’aéroports centraux au gigantisme et aux nuisances croissants

-  laissez mijoter sous la pression directe du "marché" et vous obtenez ce résultat rapide que l’activité industrielle se déplace le pays moins-disant social.

Ce n’est pas anormal ou injuste en soi : c’est un des moteurs du développement et il est bien évident que tous les citoyens du monde ont droit à leur part de confort et de progrès.

Ce qui est anormal et injuste c’est la suite du cercle vicieux "Rhénan" puisque nous en souffrons au même titre que nos voisins allemands :

-  comme la solidarité s’exerce entre citoyens du pays riche mais aussi parce qu’il faut maintenir le calme et soutenir le marché en évitant de trop paupériser les victimes du transfet d’activité, la collectivité décide de compenser en partie leur perte de revenus en augmentant les cotisations sociales et l’impôt.

-  ceci a pour effet immédiat de renchérir le coût horaire du travail et de creuser l’écart apparent avec les pays pauvres.

-  ce qui accélère le transfert de l’activité industrielle

Par l’effet auto-accéléré de ce cercle vicieux, la collectivité du pays riche se trouve de fait financer de plus en plus l’élimination de plus en plus rapide de son activité industrielle.

Il faut donc casser le cercle vicieux. La droite va nous dire, avec toutes les gradations de la droite dure au centre : il suffit de rendre le travail hyper-flexible, de supprimer les cotisations de solidarité pour réduire l’écart de coût horaire et résoudre le problème. Certes. A quel intolérable coût social ! Avec quel résultat d’alignement sur le moins-disant qui bloque le progrès social des pays pauvres !

Nous pouvons proposer des solutions plus adaptées et plus efficaces :

-  il nous faut arrêter de subventionner les transports de marchandises :

  • il faut leur faire supporter leur juste part des pollutions générées (bruit, CO2...) dans notre pays
  • il faut leur faire supporter leur juste part du coût des infrastructures au même titre que le rail.
  • il faut leur imposer des normes environnementales, sociales et de sécurité exigeantes sur notre territoire, même si les opérateurs et employés sont étrangers

-  comme le travail est devenu un bien précieux et volatil, il faut le protéger en réduisant l’écart apparent des coûts horaires :

  • il faut faire porter les cotisations sociales sur des éléments non délocalisables : marché (TVA) et revenus (IRPP)
  • il faut "détaxer" le travail en France : sortir les premiers 1000€ de salaire mensuel de l’assiette de la TVA,
  • il faut supprimer les cotisations sociales sur les premiers 1000€ de salaire mensuel et les reporter sur l’impôt
  • il faut taxer plus fort la valeur ajoutée commerciale réalisée en vendant à prix "riches" les produits bon marché de l’exploitation des travailleurs des pays pauvres : l’exclusion des salaires de l’assiette de la TVA doit être compensée par une hausse du taux nominal pour revenir à un taux moyen identique.

-  comme le travail est un bien mal réparti dans notre pays, il faut le partager équitablement pour repartir du bon pied et faire aux jeunes la place qui leur est due :

  • il faut passer à 32 heures par semaine en moyenne sur 4 jours impérativement et dans toutes les entreprises petites ou grandes tant que le chômage n’est pas descendu sous la barre des 3%. Il faudra envisager d’aller plus loin si les améliorations de productivité compensent la baisse du temps de travail.
  • ou il faut passer à 13 semaines de congés impératifs de même tant que le chômage n’a pas décru sans possibilité de report d’un an sur l’autre, de paiement ou d’abandon de congés. De ce fait, 3 postes occupent 4 salariés sans possibilité d’"arrangements" afin de déclencher des embauches immédiates.
  • il faudra peut-être aussi partager les revenus, mais la détaxation des 1000 premiers Euros protègera les bas salaires et à l’approche du plein emploi, le marché de l’emploi va redevenir demandeur et donc favorable aux salariés, à leur mobilité voulue, au progrès social et aux augmentations.

Il n’en reste pas moins que ces quelques mesures ne feront que maitriser le mouvement de transfert d’activités inévitable et nécessaire vers les pays en développement. Ce répit doit nous permettre d’imaginer et de développer l’industrie française et européenne du 21éme siècle.


Article publié le vendredi 13 octobre 2006 par O.R..
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